Tachibana Morikuni - Ehon Jinkishiho, vol. 4 - 1744.
Tachibana Morikuni (1679-1748) a été formé dans la grande tradition Kano : son maître, Tanzan, fut en effet l'élève de Tanyu Kano (1602-1674), figure qui domine ce courant pictural au milieu du XVIIe s.
Ainsi que l'écrit fort justement Jack Hillier, le style de Morikuni, tout comme celui de ses élèves, s'inscrit, à bien des égards, en contrepoint de l'art sensuel et volontiers hédoniste développé à la même époque à Edo ou à Kamigata (l'ancienne Osaka) par ceux que l'on qualifie habituellement de “primitifs”, des artistes tels que Masanobu (1686-1764) ou Sukenobu (1671-1751).
Il semble que Morikuni ait consacré toute sa carrière à l'art de l'estampe et à l'illustration d'ouvrages ; on ne lui connaît pas d'oeuvre peint. Toujours selon Hillier, il s'agirait de la preuve de la relative liberté d'esprit de cet artiste : en effet, le savant britannique suppose qu'en se spécialisant ainsi dans cet art mineur, Morikuni fit délibérément le choix d'abandonner les privilèges qui étaient attachés à la caste des peintres officiels. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, cette spécialisation a amené Morikuni a faire évoluer très sensiblement la technique Kano, en particulier en introduisant dans ses images une vitalité inhabituelle dans les oeuvres peintes pour l'aristocratie nippone à la même époque.
Morikuni fut un artiste très prolifique. L'ouvrage que nous reproduisons ici est le quatrième volume de l'Ehon Jinkishiho ; il a paru en 1744. S'il ne s'agit pas de l'une des oeuvres majeures du peintre, cet ehon possède néanmoins certaines qualités : quelques remarquables coups de pinceaux, notamment lorsqu'il s'agit de rendre la texture d'une roche ou d'un tronc d'arbre, de saisir le mouvement incessant des flots.
Depuis peu, les éditions Philippe Picquier proposent à la vente une réimpression de l'ouvrage le plus fameux de Morikuni, l'Umpitsu Soga, édité en 1749 et introduisant pour la première fois dans l'art du livre la technique dite So, qui consistait à travailler la surface du bloc d'impression de manière à produire de riches effets de teinte une fois l'image imprimée ; cette réimpression s'inscrit au sein d'une collection ayant pour objet de proposer des facsimilés des ouvrages du fonds japonais de la collection Jacques Doucet, conservé à la bibliothèque de l'I.N.H.A. Il faut saluer cette initiative qui met enfin à la disposition des amateurs, à des prix relativement abordables, des chef-d'oeuvres de l'art du livre nippon. Malheureusement, l'éditeur n'a visiblement pas compris ce qu'était l'essence même de l'ehon : l'alliance si savante entre papier et encre. Le support glacial et sans texture utilisé pour ce facsimilé suspend bien trop brutalement le geste du peintre, alors que l'objet de la technique So est précisément d'inscrire ce geste au sein une temporalité jamais achevée ; on ne ressent pas grand chose, par ailleurs, des subtiles vibrations qui animents les images originales. C'est bien dommage, d'autant plus que le travail de l'éditeur est autrement tout à fait remarquable.
Bibliographie : Tachibana Morikuni, Ooka Shumboku, Esquisses au fil du pinceau, Paris, Editions Philippe Picquier, 2007 (introduction et légendes par Christian Marquet).

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